Rencontre avec le dessinateur de BD algérien L'Andalou

A l’occasion de la Semaine de la solidarité internationale, qui se déroulera à la médiathèque du 21 au 23 novembre, la Ville du Kremlin-Bicêtre accueillera l’illustrateur algérien L’Andalou, qui a réalisé l’affiche de la Semaine de la solidarité internationale et interviendra au cours d’une table-ronde consacrée à la BD algérienne. Interview…

Quelles ont été les étapes les plus importantes de ta vie d'artiste ?

Mon enfance a été cruciale et décisive... Au début de ma scolarité, l’art n’était qu’un simple hobby. J'étais encouragé par quelques proches mais certaines personnes ont cherché à me freiner. Comme je suis d’un caractère assez rebelle, j’adore faire le contraire de ce que l’on m’ordonne. Comme on dit en algérois « Zkara », j’ai donc continué, à mes risques et périls. Après le bac, j’ai étudié à l’école supérieure des beaux-arts. Je n’y aie pas particulièrement développé mon sens artistique, mais le fait d’évoluer dans le monde artistique m’a poussé à me perfectionner et à essayer de faire carrière.

Quels sont tes principaux sujets de prédilection ?

La société algérienne m’inspire énormément ! Je fais partie d’un peuple qui aime le rire et le burlesque, qui rit même de ses malheurs… Notre sens de l’humour nous permet de partager des sourires et des rires. Il n’y a rien de plus beau que de voir un malheureux succomber à un dessin drôle. Les religieux obscurantistes sont également une source d’inspiration. Comme le Schtroumpf grognon, ils s’opposent à tout : ils ont peur de l’art, de tout ceux qui osent créer... même le mot « liberté » les effraie. Pour eux, ce mot est d’office négatif. Ils ont des préjugés sur les artistes mais ils ne les connaissent pas, et je parle de toutes les religions ! Mon pseudonyme vient d’une lointaine Andalousie berbéro-arabo-musulmane, où régnait une tolérance et utopie désormais perdues. Au départ la politique ne m’intéressait pas, mais j’avais tort car elle est ancrée dans la société algérienne. Ici, tout passe par la politique : les changements, les crises, les révolutions… mais surtout le domaine artistique. Depuis mon enfance, les mentalités n’ont pas changées : l’art est toujours perçu par de nombreux politiciens comme une passion de clowns ou d’autistes saugrenus. Pour se faire entendre, il faut les brusquer un peu. En Algérie, un dessin vaut plus que les mots.

Quel sens tu donnes à ton travail ?

Attends, je réfléchis… euh, « engagé » ? Non, plutôt « moral ». Je réponds aux donneurs de leçons, avec ma propre vision des choses qui me semble être juste. Pour ne pas finir comme eux, je me remets en question et j’accepte les critiques saines et honnêtes. J’ai toujours lutté contre la pensée unique. J’espère que ça permettra de secouer et de réveiller des esprits ténébreux et impénétrables. Je ne fais partie d’aucun mouvement, je ne défends aucun parti… Ce qui m’intéresse est de retrouver l’innocence de l’humanité. Mes influences sont nombreuses : c’est un mélange de cultures, asiatique, franco-belge, algérienne, anglo-saxonne… J’ai une grande admiration pour Gerald Scarfe et Honoré Daumier. J’ai également énormément de respect pour Zdzisław Beksiński, un peintre polonais assez sombre, qui m’a beaucoup inspiré dans une de mes bandes dessinées «Le burnous de David».

Table ronde Des cases et des bulles, quand l’Algérie se dessine.
Samedi 23 novembre à 17h. A la médiathèque L'Echo.

Retrouvez les dessins de L'Andalou sur son site Internet.

 

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